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Les écritures anciennes de la Méditerranée

Guide critique des ressources électroniques

Nordarabique ancien

- VIe siècle av. J.-C.-IVe siècle après J.-C. (?)

par: Alessia Prioletta


  • Présentation
  • Index
  • Approfondissements


Exemple d'inscription safaïtique


Le nordarabique ancien est une étiquette conventionnelle regroupant plusieurs alphabets consonantiques appartenant à la tradition du sémitique du sud et qui sont attestés dans une région s’étendant de la Syrie méridionale au Yémen du nord et comprenant la Jordanie et l’Arabie Saoudite. Des documents écrits en nordarabique ancien ont aussi été retrouvés en Israël/Palestine, en Égypte et en Irak.

On suppose que les écritures nordarabiques anciennes se sont développées en même temps que le sudarabique ancien, avec lequel elles partagent vraisemblablement un ancêtre commun. La chronologie de l’utilisation des alphabets n’a pas encore été établie, mais les documents les plus anciens remontent à la première moitié du Ier millénaire avant notre ère. On ne sait pas quand ces écritures ont cessé d’exister : le document daté le plus récent remonte au IIIe siècle de notre ère.

Selon la dernière classification, on distingue cinq alphabets nordarabiques : le dadanitique, le taÿmanitique, le dumaïtique, le safaïtique et le hismaïque, auxquels s’ajoute le thamoudéen, une catégorie pending dont on reconnaît différentes variétés : B, C, D et F/du sud (récemment appelé himaïtique).

Ces alphabets ont été utilisés par les habitants des grandes oasis de l’Arabie du nord, comme Dadan, Taymāʾ et Dūmā, et par les populations nomades et semi-nomades qui occupaient les environs des grandes oasis, les montagnes du Ḥijāz et les grands déserts de l’Arabie : Ḥarra, Ḥismā, Nafūd, Najd et al-Rubʿ al-Khālī.


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Index

Classification et nomenclature

Le nordarabique ancien se compose de différentes écritures qui présentent des points communs évidents. Tout comme le sudarabique, le nordarabique appartient à la tradition alphabétique consonantique du sémitique méridional. Au XIXe siècle, après la découverte des premières inscriptions, les différents alphabets nordarabiques ont reçu des appellations qui, bien qu’elles soient encore utilisées aujourd’hui, sont souvent impropres et trompeuses.
Les premières inscriptions safaïtiques ont été retrouvées en 1857 dans les environs de la région du Safā, une zone volcanique au sud-est de Damas. L’adjectif safaïtique dérive du nom de ce territoire, bien que les inscriptions ne proviennent pas de la région du Ṣafā à proprement parler.
De même, l’appellation de thamoudéen a été donnée à un ensemble de graffitis vaste et hétérogène dont les premiers témoignages ont été retrouvés en 1831. Cependant, cette appellation est imprecise car elle se base sur l’ethnonyme Thamūd, qui n’est pas présent dans les textes.
Les inscriptions retrouvées près de l’oasis de Dadan ont été appelées liḥyanitiques (du nom du royaume de Liḥyān : Müller 1889) et dadanitique (du nom de l’oasis : Grimme 1932), ces derniers textes étant considérés antérieurs aux textes liḥyanitiques.
Dans les années 30 du XIXe siècle, F. V. Winnett a reconnu au sein du groupe thamoudéen différents styles graphiques, qu’il a appelés A, B, C, D, E. Quarante ans plus tard, en 1970, Winnett propose de remplacer ces appellations par des noms tirés de la dénomination géographique (Najdi pour le B, Ḥijāzi pour le C e il D, Tābūki pour le E). Mais cette tentative ne convainc pas et restera donc lettre morte.
Dans un article fondateur de 2000, M. C. A. Macdonald propose une révision importante de la terminologie utilisée jusqu’alors. Une nouvelle catégorie, « Oasis North Arabian », regroupe les écritures qui se sont développées dans les oasis de l’Arabie du nord : dadanitique (Dadan), taÿmanitique (Taymāʾ) et dumaïtique (Dūmā). Un groupe non homogène de textes inscrits sur des sceaux et des céramiques par des communautés arabes implantées à Babylone ou liées à d’autres régions de la Syrie et de la Transjordanie est défini « Dispersed Oasis North Arabian ».
En ce qui concerne les milliers de graffitis laissés par les peuples du désert, l’appellation de safaïtique est conservée, même si elle est impropre. Macdonald sépare le taÿmanitique (thamoudéen A) et le hismaïque (thamoudéen E) du groupe du thamoudéen. Les autres variétés (B, C, D et thamoudéen F/du sud) restent dans le groupe du thamoudéen, en attendant une analyse plus approfondie et donc une meilleure définition. Récemment, une nouvelle variété du thamoudéen méridional retrouvée dans la zone désertique au nord de Najrān a été identifiée, et appelée himaïtique, du nom de Ḥimā, le site le plus important de la région (Robin, Gorea 2016).


Dadanitique

Le dadanitique (ou dédanitique) désigne l'alphabet utilisé dans les inscriptions provenant du site de Dadan (connu aujourd’hui sous le nom de Khirbet al-Khurayba, situé à 3 km de l'oasis d'al-ʿUlā, en Arabie Saoudite). Au début, les savants distinguaient le dadanitique et le liḥyanitique, du nom des royaumes qui se sont succédés dans l'oasis; M. C. A. Macdonald a proposé d'utiliser une seule dénomination, basée sur le toponyme Dadan (également appelé Dedān dans les sources), car les deux variétés ne présentent pas de réelles différences paléographiques ou linguistiques. Le dadanitique est inclus par Macdonald dans le groupe ONA (Oasis North Arabian) avec le taÿmanitique et le dumaïtique.
Dadan, une oasis située le long de la route des caravanes qui menait de l'Arabie du sud à la Méditerranée, est mentionnée dans les sources bibliques du VIe siècle avant notre ère et dans un texte de Nabonide, roi de Babylone. À une époque difficile à établir, mais qui remonte probablement à la période ptolémaïque, le royaume de Liḥyān exerce son autorité sur l’oasis à la place de Dadan, avant d'être annexé par les Nabatéens, vers la fin du Ier millénaire avant notre ère. Une communauté originaire du royaume de Maʿīn, en Arabie du Sud, y résidait pour des raisons commerciales.
Des inscriptions monumentales trouvées dans l'oasis et ses environs ainsi que quelques centaines de graffitis sont écrits en alphabet dadanitique. La chronologie des inscriptions, ainsi que celle du site lui-même, n'a pas encore été établie avec certitude, bien qu'elles datent probablement d'une période allant du VIe siècle avant notre ère au Ier siècle de notre ère.
L'alphabet se compose de 28 consonnes, une de moins que l’alphabet sudarabique (il manqué la lettre ). L'alphabet dadanitique fait preuve d'une variété considérable dans la forme des graphèmes. Dans la plupart des cas, cependant, ces différences ne sont pas diachroniques mais plutôt stylistiques. Les rectangles peuvent être remplacés par des triangles (dans les lettres ʾ, b, ḏ, ġ, k, s¹, z), les cercles par des losanges (dans les lettres ʿ, q, ṣ, ṯ, w, y). Dans les caractères qui associent plusieurs traits, le d et le m présentent la plus grande variété graphique.
Les textes dadanitiques sont écrits en style formel et en style informel. La différence réside uniquement dans l'aspect graphique et ne concerne ni le support ni le contenu des textes. Les deux styles se retrouvent à la fois dans les inscriptions et dans les graffitis, et des lettres dans les deux styles peuvent être trouvées dans un même texte. La forme de certaines lettres (en particulier ʾ, d, m, s¹, ṯ) varie considérablement entre les deux styles.
Les principales différences du dadanitique par rapport au reste de l'ONA concernent la série h, ḥ, ḫ (représentées à l'envers), le m (qui peut perdre les deux triangles et être ouvert en bas) et le (représenté par un y avec deux appendices diacritiques au-dessus du cercle).
Dans quelques cas, les nombres sont indiqués en chiffres, en utilisant les lettres de l'alphabet comme symboles. Les unités sont représentées par un trait vertical (semblable au séparateur de mots : |) ; 10 est indiqué par la lettre ʿ (initiale du mot pour « dix »), tandis que 20 est représenté par deux ʿ l'un au-dessus de l'autre.
La technique d'écriture peut être le relief ou la gravure. Le dadanitique s'écrit principalement de droite à gauche, bien que de nombreuses lettres puissent parfois être orientées vers la droite. Le boustrophédon et le ductus vertical ne sont pas attestés. L'utilisation de séparateurs de mots (en forme de trait vertical, parfois interrompu au centre) est régulière dans les inscriptions mais non dans les graffitis.


Bibliographie de référence

Jaussen, Savignac 1909, 1914
Sima 1999
Macdonald 2000
Macdonald 2004
Fares-Drappeau 2005
Hayajneh 2011
Hidalgo-Chacón Diez 2015


Taÿmanitique

Par Taÿmanitique on désigne l'alphabet utilisé dans l'oasis de Taymāʾ (située au nord-ouest de Médine, en Arabie saoudite) et dans le désert environnant. Le nom de « Thamudic A », donné par F. V. Winnett, a ensuite été changé par ce dernier en « Taymanite », après avoir observé que les inscriptions écrites dans cet alphabet provenaient essentiellement de cette oasis. Macdonald a proposé « Taÿmanitique », l’insérant dans le groupe ONA (Oasis North Arabian), qui comprend également le dadanitique et le dumaïtique.
Le corpus taÿmanitique s'est énormément développé au cours des quinze dernières années, grâce aux prospections de Khaled Eskoubi dans la zone sud-ouest de la ville où il a découvert plus de 300 inscriptions, dont les deux tiers étaient auparavant inconnues. Actuellement, l’investigation épigraphique est réalisée par la mission archéologique allemande, qui fouille dans l'oasis de Taymāʾ, sous la direction de Macdonald.
Située le long de la route commerciale qui, au Ier millénaire avant notre ère, menait du sud de l'Arabie à la Méditerranée et au golfe Persique, l'oasis de Taymāʾ a été occupée au moins depuis le IIe millénaire avant notre ère et ce jusqu'à la période islamique. L'écriture et la langue taÿmanitiques étaient connues des cultures environnantes dès le VIIIe siècle, comme en témoigne l'inscription de Yariris, gouverneur de Karkemish. Les premières mentions de la ville dans les textes assyriens (annales de Tiglath-Pileser III et inscription de Suḫu) et, deux siècles plus tard, dans les sources bibliques, remontent à la même période. Le dernier roi de Babylone, Nabonide, occupa l'oasis de Taymāʾ et y passa dix ans de son règne (552-542 av. n. è.). Nabonide est mentionné dans un groupe de quatre inscriptions rupestres écrites par des membres de son armée ; ces textes contenant l'une des rares références à des événements extérieurs ou à des personnages dans les inscriptions nordarabiques, permettent une datation absolue.
Le répertoire graphique du taÿmanitique comprend 26 lettres. Il se distingue des autres alphabets nordarabiquespar la présence du graphème représentant le (également présent en sudarabique ancien). Selon une hypothèse récente, le graphème se serait confondu avec (signe d'un passage phonétique // > //). Il manque également le graphème pour la lettre , représentée par le caractère z (signe d'un passage phonétique // > /z/) et pour , rendu avec (signe d'un passage phonétique // > //).
Les principales différences graphiques du taÿmanitique par rapport au reste du nordarabique ancien concernent le (identique au sudarabique, ou avec deux traits horizontaux supplémentaires), le ġ (pareil au sudarabique, mais avec deux diacritiques au lieu d'un), (à l'envers, caractéristique partagée avec le thamoudéen B et le himaïtique), (sous la forme d'un rectangle avec une croix de Saint-André au centre) et ṯ-s³ (sous la forme d'un astérisque ou d'un soleil rayonnant).
Le sens de l'écriture est de droite à gauche ou boustrophédique. Les séparateurs de mots sont utilisés, bien que de façon irrégulière, et peuvent avoir une forme semblable à l'apostrophe ou un point placé en position apicale ou basale.

 

Bibliographie de référence

Winnett, Reed 1970
Macdonald 1991
Eskoubi 1999
Macdonald 2000
Macdonald, King 2000
Macdonald 2004
Eskoubi 2007
Hayajneh 2011
Koostra 2016


Dumaïtique

Appelé à l’origine «Jawfian» par Winnett, cet alphabet a ensuite été défini dumaïtique par Macdonald et inclus dans le groupe ONA (Oasis North Arabian), qui comprend également le dadanitique et le taÿmanitique.
Située à l'extrêmité sud du wādī Sirḥān, l'oasis de Dūmā (Adummatu dans les sources assyriennes, Dūmat al-Jandal à l'époque islamique, dénommée aujourd'hui al-Jawf) était une étape importante sur la route des caravanes en direction de la Syrie et de la Mésopotamie, outre que le siège de la confédération tribale de Qedar (du VIIIe au Ve siècle av. J.-C.) avant d’être englobée dans le royaume nabatéen.
Jusqu’à il y a quelques années, cet alphabet n’était attesté que par trois inscriptions, découvertes par Winnett à Sakāka, ville moderne de l’Arabie saoudite, près de l'ancienne oasis de Dūmā. La plupart des graffitis trouvés dans les alentours de l’oasis sont dans d’autres écritures nordarabiquesanciennes (hisméo-safaïtique, thamoudéen C, nabatéo-arabe, paléo-arabe et coufique). Les prospections épigraphiques conduites par la mission franco-italienne dans les années 2010 ont conduit à la découverte de centaines de graffiti, dont 16 nouveaux textes en dumaïtique.
Il ne fait plus de doute que le dumaïtique est un alphabet indépendant. L'écriture diffère des autres alphabets du groupe ONA par la forme du (identique au sudarabique ), du (au contraire identique au sudarabique ), du w (parfois rectangulaire et non circulaire) et du z (d'interprétation douteuse, avec un trait central oblique et non horizontal par rapport au reste de l'ONA).
Le sens de l'écriture est de droite à gauche et des séparateurs de mots, ayant la forme d'un trait vertical, sont parfois utilisés.

 

Bibliographie de référence

Macdonald 2000
Macdonald 2004
Hayajneh 2011

Norris 2018


Thamoudique

Cette étiquette comprend des milliers de graffitis rupestres, présents de la Syrie méridionale au Yémen en passant à travers la Jordanie, l’Arabie Saoudite, l’Égypte septentrionale et l’Irak du nord-ouest. La définition, élaborée par les étudiants du XIXe siècle, se base sur une attestation de l’ancienne tribu arabe de Thamūd (Ṯmd), et elle est considérée aujourd’hui purement conventionnelle, une forme de “Restklassenbildung”, c’est-à-dire une catégorie indéterminée qui recueille des textes en attente de classification plus précise.
On peut parler de différentes variétés de thamoudique caractérisées par des particularités graphiques mais aussi par l’onomastique, des ensembles de formules et des contenus différents. Le corpus thamoudique a été étudié sous deux angles différents : l’un érudit, où deux savants tells que Van den Branden et Jamme pensaient que le thamoudique était constitué d’un seul alphabet produit par la tribu de Thamūd qu’ils considéraient comme une population homogène et sédentaire. L’extension géographique des inscriptions aurait été causée par les mouvements de cette communauté qui se consacrait au commerce caravanier, et selon eux les différences paléographiques correspondaient aux différentes étapes de l’évolution de l’écriture.
La seconde approche se base sur le travail de F.V. Winnett, qui a essayé de créer des divisions sur la base des différences graphiques, en reconnaissant la nature hétérogène du thamoudique. En 1937 Winnet a isolé cinq différents groupes appelés d’une façon neurale : A, B, C, D, E. En 1970, une dénomination régionale a été également tenté mais en vain. Par la suite, le taymanitique (A) et l’hismaïque (E) ont été séparés du thamoudique. Il faut donc mieux définir les groupes B, C et D, ainsi qu’un grand nombre de graffitis qui viennent de la partie méridionale de la péninsule arabe et qui sont définis thamoudique méridional (« Southern Thamudic »).
L’alphabet thamoudique se compose de 28 lettres même si elles n’ont pas toutes été identifiées d’une façon certaine. Les différences graphiques les plus évidentes entre les sous-groupes concernent les lettres g, ġ, , qui sont totalement différentes. Par exemple un symbole peut avoir une valeur phonétique distincte dans les différents sous-groupes : une ligne verticale représente le n dans le thamoudique B et la lettre R dans le thamoudique D ; un symbole semblable au E représente un dans les trois sous-groupes mais également un dans le thamoudique B. D’autres différences concernent les lettres ʾ (C), (B), (D), (D), z (B).
Le ductus aussi est diffèrent à l’intérieur du thamoudique : le thamoudique B peut être écrit de droite à gauche et inversement, vers le haut ou vers le bas, en cercle; le thamoudique C et D sont écrits dans la majorité des cas en colonnes verticales ; le thamoudique méridional est écrit de droite à gauche. Récemment Ch. J. Robin a isolé dans le groupe du thamoudique méridional une variété propre à la région désertique au nord de Najrān qui a été nommée himaïtique.

 

Bibliographie de référence

Winnett 1937
Ryckmans 1956
Winnett, Reed 1970
Macdonald, King 2000
Robin, Gorea 2016

Prioletta 2018


Hismaïque

Environ 5000 textes sont écrits en graphie hismaïque, trouvés principalement dans la région désertique de Ḥismā située dans le sud de la Jordanie et, dans une moindre mesure, dans le nord de l'Arabie saoudite. Dans un premier temps, ce groupe a été appelé « Thamudic E » par Winnett, puis « Tābūki Thamudic » ; par la suite, E. A. Knauf a proposé « Southern Safaitic ». On doit d'avoir reconnu le caractère unique de ces textes, d'un point de vue graphique et linguistique, à la fois par rapport au thamoudéen et au safaïtique, aux travaux de Geraldine King. Plus tard, Macdonald et King ont proposé la définition de hismaïque, qui est maintenant utilisée.
On pense que ces inscriptions, trouvées non loin de Petra et qui contiennent souvent des noms et des divinités nabatéennes, sont à peu près contemporaines du royaume nabatéen et datent du Ier siècle av. J.-C..
L'alphabet hismaïque compte 28 consonnes (il manqué le ). Les plus grandes ressemblances graphiques sont observées avec le safaïtique et le thamoudéen. Cependant, en hismaïque, 6 signes qui se trouvent en safaïtique ont une valeur phonétique différente de celle qu’ils ont dans ce dernier : g (saf. ), (saf. ), (saf. l/n), (saf. ), (saf. ) et (saf. z).
Les lettres peuvent avoir une grande variété graphique. Les textes sont écrits dans n'importe quelle direction (verticale, horizontale, en cercle, en spirale) et n'ont pas de séparateurs de mots. Les lettres sont souvent écrites l'une à l'intérieur de l'autre et il peut y avoir des cas de ligatures entre les lettres.
Certains textes ont des caractères mixtes (hisméo-safaïtique ou hisméo-thamoudéen).

 

Bibliographie de référence

King 1990
Macdonald 2000
Macdonald, King 2000


Safaïtique

Le corpus safaïtique compte environ 35 000 graffitis, produits par des nomades et semi-nomades et trouvés dans le désert entre le sud de la Syrie, le nord-est de la Jordanie et le nord de l'Arabie saoudite. Sur la base de quelques indices historiques présents dans les textes, ils remontent généralement entre le Ier siècle av. J.-C. et le IVe siècle de notre ère.
L'alphabet a 28 consonnes (il manqué le ). Le safaïtique partage la majorité de ses signes avec le thamoudéen B et l’hismaïque. Comparé au thamoudéen B, le safaïtique a des formes différentes pour les lettres ʾ, , ġ et . Pour l’heure, nous ne sommes pas en mesure d'établir le type de relation entre ces alphabets ni le processus de dérivation d'un alphabet à partir d'un autre.
Les graffitis safaïtiques sont en écriture continue, sans séparateurs de mots et dans toutes les directions (horizontale, verticale, en cercle, en spirale).
En safaïtique, on rencontre différentes variantes stylistiques. Par exemple, le « style carré », considéré par certains savants comme chronologiquement plus archaïque, dans lequel les lettres deviennent plus anguleuses que dans le style normal et s’ornent de décorations géométriques. En réalité, des lettres appartenant aux deux styles peuvent se trouver dans le même texte ; ces variations sont donc le produit d'une compétence esthétique ou d'un goût particulier de la part des auteurs et n'ont aucune valeur diachronique. Cependant, non seulement la forme des lettres varie dans les deux styles, mais la valeur phonétique d'un glyphe peut aussi être différente entre le style normal et le style carré. Selon une hypothèse récente, le style carré serait une variation géographique et ne serait lié qu'à des groupes familiaux particuliers. En safaïtique, il y a des cas de ligatures, dans lesquelles les lettres, normalement séparées les unes des autres, sont reliées par des segments, des points ou des traits courts. Définis par certains comme une forme d'italique, les ligatures sont aussi le produit d'un choix intentionnel et individuel, souvent l'œuvre de tiers et donc postérieures à l’incision du graffiti, et dictée par le jeu ou par une volonté d’intervenir sur le monument.

 

Bibliographie de référence

Macdonald 1995
Macdonald 2000
Hayajneh 2011
Al-Jallad 2015


Paléographie

Parmi les écritures ANA, l'alphabet dadanitique est celui qui présente les plus grandes différences graphiques. Depuis les premières études à la fin du XIXe siècle, l'écriture dadanitique a fait l'objet d'analyses paléographiques et ces changements ont été interprétés comme le résultat d'une évolution diachronique. Des chercheurs tels que Grimme (1932), Winnett (1937) et Caskel (1954) ont divisé les documents en deux périodes : archaïque (dadanite) et récente (liḥyanite). Caskel et Fares-Drappeau (2005) ont en outre scindé la période Liḥyanite en deux phases. Cependant, cette périodisation a été remise en question récemment (Hidalgo-Chacón Diez 2015 ; Macdonald 2018). Selon ces recherches, les différences dans la forme des lettres concerneraient le style (formel vs informel) et non la période. Des lettres appartenant aux deux styles, ou une seule et même lettre dessinée dans les deux styles, peuvent se retrouver dans le même texte. La raison de ce changement est inconnue, mais elle n'est pas chronologique.
Dans le cas des graffitis laissés par les nomades, comme dans toutes les sociétés non alphabétisées, il est probable que le savoir paléographique ait été transmis oralement et non par des écoles d'écriture. L'écriture était apprise de manière aléatoire et mnémotechnique, sans enseignement formel. Ceci implique que les nombreuses variations graphiques reconnaissables au sein des différents alphabets ne sont pas dues à une évolution diachronique, mais plutôt à d'autres causes : niveau de compétence et de goût des auteurs, type de support (basalte, grès, etc.), circonstances particulières dans lesquelles le texte a été gravé.
Ceci rend impossible aussi bien une approche paléographique interne à chaque alphabet qu’une approche paléographique comparative entre différents alphabets (thamoudique, hismaïque et safaïtique). La comparaison paléographique de ces alphabets avec ceux des sociétés sédentaires (notamment le dadanitique) est encore plus illusoire.

 

Bibliographie de référence

Macdonald 2015


Genres textuels et formules

Parmi les cultures sédentaires de l'Arabie du Nord qui ont laissé des documents en écriture ANA, l'oasis de Dadan est celle qui atteste le plus de textes formels produits par une école scribale. Les typologies textuelles les plus répandues à Dadan sont : les textes votifs, qui relatent les cérémonies en l'honneur de ḏ-Ġbt, dieu principal de l'oasis ; les textes funéraires relatifs à la construction de tombes ; les inscriptions royales mentionnant les rois de Dadan et de Liḥyān et portant souvent une date.
Taymāʾ était l'autre grande oasis de l'Arabie du Nord. Contrairement à Dadan, à Taymāʾ les documents officiels étaient écrits dans des langues extérieures, associées aux pouvoirs dominants et à leurs bureaucraties : cunéiforme babylonien à l'époque de Nabonide, araméen à l'époque des Achéménides, nabatéen sous le règne des Nabatéens. Ce n'est que récemment que quelques courtes inscriptions en taÿmanitique ont été découvertes sur le site. Sinon, la majorité des textes en écriture et en langue taÿmanitiques n’existent que sous forme de graffitis et proviennent des environs du site.
Les nomades et semi-nomades n'ont produit que des graffitis, gravés par milliers sur les rochers qui parsèment les grands déserts d'Arabie et les abords des grandes oasis. Selon la définition de Macdonald, les graffitis sont une “self-expression on public surfaces”, c'est-à-dire qu'ils transmettent un message personnel mais sont reproduits dans des endroits où ils peuvent potentiellement être vus par les gens de passage. Selon le savant, les graffitis sont presque entièrement dépourvus de buts pratiques, gravés par les nomades comme passe-temps pendant les longues heures passées dans le désert à surveiller les troupeaux ou à se garder de l'ennemi.
Cependant, malgré cela, il existe des différences considérables dans les répertoires de formules des différentes écritures nomades : thamoudique (B, C, D et sud), hismaïque et safaïtique. Cela a conduit à revoir l'interprétation des finalités et des dynamiques à la base de la production des inscriptions ainsi que la théorie du passe-temps. Selon al-Jallad, le répertoire limité des formules et leurs différences entre les alphabets suggèrent qu'il devait exister une sorte de tradition d'écriture même pour les graffitis.
Les textes safaïtiques ont de longues généalogies, qui peuvent atteindre jusqu'à 17 générations après le nom de l'auteur, et ont ainsi laissé un riche répertoire onomastique. Les textes contiennent des descriptions de l'humeur ou des actions de l'auteur : invocations et prières aux dieux pour demander la sécurité, le soulagement de la privation, le butin ; malédictions contre ceux qui pourraient endommager le document ; mention des déplacements saisonniers d'une région à une autre ; construction d'une tombe ; condoléances pour la perte d'un être cher.
Les textes safaïtiques contiennent des mentions sporadiques de populations étrangères et d'événements extérieurs : les Romains et leurs empereurs, les Nabatéens, les Perses ou les Ituriens.
Bien que sous des formes différentes, les mêmes sujets plus ou moins sont contenus dans les textes hismaïques : simple déclaration qu’on est l’auteur du texte ou du dessin qui l’accompagne; prières et invocations aux dieux; maledictions; expressions d'émotions.
Les textes en thamoudique ont un contenu très pauvre et contiennent surtout l’affirmation qu’on est l’auteur du texte, de simples invocations aux divinités, des declarations de salutation.

 

Bibliographie de référence

Macdonald 1995

Fares-Drappeau 2005

Hayajneh 2011

Hidalgo-Chacón 2015

Al-Jallad 2015

Al-Jallad, Jaworska 2019


Alphabétisation et registres d’écriture

Avec plus de 65 000 inscriptions et graffitis découverts dans les différents pays de la péninsule, l'Arabie préislamique est l'une des régions les plus extraordinaires du monde antique en matière d'alphabétisation. Cependant, en ce qui concerne l’alphabétisation, il faut non seulement distinguer les différentes compétences (écriture, lecture), mais aussi considérer le type de société dans laquelle l'écriture s'exerce et les documents écrits qui y sont produits.
En effet, dans l'Arabie préislamique la diversité socioculturelle joue un rôle déterminant dans l'usage de l'écriture. Le dimorphisme était une caractéristique des anciens habitants de l'Arabie qui se partageaient entre une population sédentaire, principalement agricole et urbaine, et des populations nomades se déplaçant dans les régions désertiques et vivant de l'élevage.
Dans les sociétés sédentaires et urbanisées, que ce soit au nord ou au sud de la péninsule, l'écriture était essentielle à leur fonctionnement. On peut parler de sociétés alphabétisées dans le sens où l'alphabétisation était pratiquée à différents niveaux, à la fois pour des aspects pratiques de la société, tels que la bureaucratie, la religion ou l'économie, et sans but communicatif. Dans ces sociétés, il y avait probablement deux niveaux d'alphabétisation : un premier niveau, qui est la capacité de graver des graffitis spontanés sans besoin de communication ; un deuxième niveau, lié aux besoins pratiques, typique des écoles de scribes et d'une classe de lettrés appartenant au temple ou à l'autorité politique.
En revanche, les sociétés nomades et semi-nomades étaient non alphabétisées ; l'écriture avait un but pratique limité et n'a jamais usurpé le rôle que la transmission orale jouait dans la communication. Contrairement aux sociétés urbanisées, ces peuples n'ont laissé que des textes informels, à savoir des graffitis, et le seul matériau utilisé est généralement la pierre du désert.
En Arabie du Nord, seuls les actes publics sont attestés, adressés à la communauté et non à un individu en particulier. Même les graffitis, bien qu'ils véhiculent un message personnel et officieux, peuvent être définis comme des documents publics, car ils sont gravés à des endroits où ils pouvaient être lus par les passants.
Les documents écrits à l'encre ou gravés sur du bois ou de la cire ne sont pas attestés. Dans d'autres cultures, ces matériaux étaient généralement utilisés pour des documents d'écriture informelle, destinés à un usage pratique et liés à la vie quotidienne. C’est pourquoi seul le registre formel a été utilisé. D'autre part, dans l'oasis de Dadan il existe une version informelle de l’écriture qui, ce pendant, ne se différencie pas de l’alphabet formel en ce qui concerne le support, le but ou le type de textes.

 

Bibliographie de référence 

Macdonald 2005

Stein 2010

Macdonald 2015