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Les écritures anciennes de la Méditerranée

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Celtique, lépontique

- VIIe – VIe siècle av. J.-C.

par: Francesca Ciurli (traduit par Nicole Maroger)


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Stèle funéraire en lépontique (VIe siècle-Ve siècle avant J.-C.)


Le lépontien (ou lépontique) tire son nom d’une population, les Lépontiens, qui, selon les sources anciennes, habitait la région méridionale des Alpes au cours du premier millénaire av. J.-C. On y retrouve aujourd’hui une trace de leur présence dans la vallée de la Léventine (ou Lépontine), dans le Canton du Tessin.

Le terme communément retenu actuellement est malgré tout imprécis, car la distribution des témoignages écrits couvre une aire plus vaste que celle que l’on croyait autrefois occupée par les Lépontiens.

La position du lépontien au sein de la famille des langues celtiques et, en particulier, son rapport avec la variante dialectale gauloise dite “cisalpine” ont été l’objet de controverses parmi les savants. L’opinion la plus répandue à l’heure actuelle fait sienne la thèse de Michel Lejeune qui, en 1971, intégra le lépontien au nombre des langues celtiques continentales (ses attestations étaient les plus anciennes) sur la base de quelques isoglosses communes avec d’autres langues celtiques. Par contre, une minorité de chercheurs s’aligne sur la position plus récente (1988) de Joseph Eska, selon qui le lépontien ne serait pas une langue indépendante mais représenterait une forme ancienne du gaulois, une variante dialectale du nord de l’Italie dite “gaulois cisalpin”. La théorie dominante jusqu’aux années 70 voyait plutôt le lépontien comme une langue indo-européenne proche du ligure.

La langue lépontienne nous est connue grâce à la découverte d’environ 140 inscriptions dans la zone circonscrite par Lugano, le lac Majeur et le lac de Côme, datables d’entre le début du VIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.-C. Elles révèlent une évolution linguistique en deux phases: une phase plus ancienne, coïncidant du point de vue archéologique avec la période finale de la culture dite “culture de Golasecca” (du nom de son épicentre dans la province de Varese) et une seconde phase dont le début – env. 400 av. J.-C. – est marqué par l’invasion de la plaine du Po par les Gaulois, porteurs de la culture matérielle de La Tène. C’est pourquoi un certain nombre d’inscriptions en langue gauloise, mais en alphabet lépontien, commencent alors à fleurir dans l’aire lépontienne. Bien qu’une division mécanique des deux langues pose problème du fait qu’elles partagent beaucoup de traits communs, aujourd’hui on considère par commodité comme lépontiennes seulement les inscriptions retrouvées dans un rayon d’environ 50 km autour de la ville de Lugano alors que celles retrouvées hors de cette aire sont considérées comme appartenant au dialecte gaulois cisalpin.

L’invasion des Gaulois marqua le début du processus d’extinction du lépontien. Ce dernier fut dans un premier temps assimilé par la langue gauloise et dans un second temps, après la conquête de la Gaule cisalpine par Rome, il fut complètement absorbé par le latin jusqu’à sa disparition totale.

Les textes des inscriptions qui nous permettent aujourd’hui de connaître le lépontien sont très courts - d’un mot, généralement un nom, aux sept mots de l’inscription la plus longue -, ils sont gravés sur des pierres travaillées, brutes ou sur de la vaisselle. Le corpus révèle un usage de l’écriture surtout funéraire, mais les indications de possession des objets sont également nombreuses ; on compte aussi 17 légendes monétaires et deux dédicaces.

Les inscriptions lépontiennes sont presque toutes gravées dans un alphabet de dérivation étrusque, connu sous l’appellation d’“alphabet de Lugano” (zone de provenance de la majorité des épigraphes), l’un des innombrables systèmes d’écriture dérivant d’une variété nordique de l’alphabet étrusque. Une des caractétisques de ces alphabets est d’utiliser un seul phonème pour indiquer graphiquement les occlusives sourdes et les occlusives sonores. Pour marquer l’ambiguïté du son, dans la transcription on a donc recours par convention aux majuscules P pour p/b, T pour t/d, K pour k/g.

Après un examen minutieux des inscriptions, un développement possible de l’alphabet en deux phases se fait jour : une plus ancienne, entre le VIe et le Ve siècle av. J.-C., l’autre influencée par le contact avec le gaulois entre le IIIe et le Ier siècle av. J.-C.. Au cours de la première période, l’alphabet comprenait 19 signes, encore très semblables à ceux de l’alphabet étrusque archaïque : parmi ceux-ci, le digramme (v), le thêta en forme de cercle avec un point en son centre et trois signes pour noter la sifflante sourde, le san en forme de papillon (ś), le sigma à trois et à quatre traits. La voyelle o, que l’étrusque n’employait pas, est également utilisée et donc vraisemblablement empruntée au grec. Dans la seconde phase, où l’alphabet sert à transcrire le gaulois, le digramme et le thêta disparaissent et on assiste à un changement de forme pour la voyelle a, davantage semblable à un digramme incliné.

Il n’existe pas de doubles signes ni consonnantiques ni vocaliques et la quantité des voyelle n’est pas indiquée, ce qui permet donc de les interpréter comme brèves ou longues. En outre, les signes pour /i/ et /u/ peuvent être utilisés aussi pour désigner les semi-consonnes /j/ et /w/.

Le sens de l’écriture est principalement sinistrorse mais il existe aussi des exemples d’écriture dextrorse. On signale également quelques inscriptions boustrophédiques.


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