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Les écritures anciennes de la Méditerranée

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Phrygien

- VIIIe siècle av. J.- C. – IIIe siècle ap. J.- C

par: Giulia Torri (traduit par Nicole Maroger)


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L’écriture phrygienne est reconstituée à partir de deux corpora de documentation différents qui permettent une division en écriture paléo-phrygienne (VIIIe-IVe siècle av. J.- C.) et écriture néo-phrygienne (Ier-IIIe siècle ap. J.- C.).

L’écriture paléo-phrygienne est alphabétique. Elle ressemble à l’écriture grecque archaïque dont elle est peut-être issue et avec laquelle elle partage 17 signes. D’autres signes, souvent utilisés dans des aires géographiques spécifiques, ont une valeur encore controversée. Beaucoup d’entre eux sont les variantes enregistrées pour chaque signe. Bien que la proposition de l’origine grecque soit la plus accréditée, d’autres hypothèses veulent que ce système d’écriture se soit développé directement à partir de l’alphabet phénicien vers le milieu du VIIIe siècle av. J.- C., lorsque l’écriture grecque se forme elle aussi. Une partie des inscriptions se présente comme dextroverse tandis qu’une autre partie, en quantité moindre, est boustrophédique. Nombreuses sont les inscriptions sur pierre présentant une division des mots avec des points. Cette pratique est attestée très rarement aussi dans les graffitis.

L’écriture néo-phrygienne est sans l’ombre d’un doute un alphabet grec dont elle a utilisé 17 lettres. On n’observe pas de séparation entre les mots. Il s’agit là d’un système d’écriture utilisé exclusivement dans le domaine funéraire et des inscriptions en langue grecque se terminent presque toujours par des formules de malédiction.


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Origine possible de l’écriture phrygienne

Les premiers documents en écriture alphabétique phrygienne ont été retrouvés a Gordion, l’ancienne capitale de l’état phrygien, et remontent à la dernière phase du VIIIe siècle av. J.- C. Il s’agit de 5 documents provenant d’un monticule de terre dénommé MM et d’un document provenant d’un niveau de la ville de la même époque que ce monticule. D’autres textes appartiennent au VIIe siècle av. J.- C. et le corpus le plus vaste date de la période allant du VIe au IVe siècle av. J.- C.

Bien que les ressemblances entre l’écriture phrygienne et l’écriture grecque archaïque soient importantes, nous savons que les contacts commerciaux et culturels entre les Phrygiens et les Grecs au VIIIe siècle sont réduits au minimum. Cependant, des sources historiques d’origine grecque attribuent à Midas, souverain phrygien de l’époque, un voyage en Grèce, à Delphes, et son mariage avec une princesse de la ville grecque de Kymé en Anatolie nord-occidentale. Cela pourrait suggérer que l’écriture phrygienne ne s’est pas développée à travers des rapports commerciaux mais qu’elle est due au choix culturel de développer un alphabet s’inspirant librement de l’alphabet grec. Une seconde hypothèse voudrait qu’elle trouve son origine dans une source commune aux deux alphabets: l’écriture phénicienne.

En effet, l’alphabet est, sinon identique, du moins semblable à celui du grec surtout dans certaines variantes locales: à Gordion, sur le site de la ville de Midas et à Çepni tout comme à Hattuša, le site de l’ancienne capitale hittite où les Phrygiens s’installèrent après l’abandon de la ville, on trouve des signes ailleurs totalement inconnus.

Il ne semble pas y avoir de contacts ni de ressemblances avec les écritures anatoliennes du IIe millénaire ni avec l’écriture hiéroglyphique anatolienne largement utilisée durant la même période historique en Anatolie et dans la Syrie septentrionale.


Usage de l’écriture

Les textes phrygiens, en particulier les graffitis sur des vases de différents matériaux, consistent en des noms propres. Les quelques inscriptions longues gravées sur de la pierre sont associées à des pratiques religieuses. L’inscription de Tyana évoquant le roi Midas est vraisemblablement une inscription à caractère historique. Parmi les quelques 250 inscriptions paléo-phrygiennes, deux seulement contiennent plus de dix mots, l’inscription de Germanos (B-01) et celle de Yazιlιlikaya (W-01).

On n’est pas en mesure de dire si l’écriture était reproduite sur d’autres supports périssables, comme le papyrus, le cuir ou les tablettes de cire (ces dernières très certainement en usage en Anatolie au IIe millénaire).