Mnamon

Les écritures anciennes de la Méditerranée

Guide critique des ressources électroniques

Messapien

- VIe-IIe siècle av. J.-C.

par: Simona Marchesini (traduit par Nicole Maroger)


  • Présentation
  • Index
  • Approfondissements


Bloc de pierre de Lecce provenant de Ceglie (IIIe siècle av. J.-C.)


Introduction et définition
Le terme Messapien se réfère à la langue et à l’alphabet attestés à l’époque pré-romaine dans la Regio II augustea Apulia et Calabria qui coïncide avec la région des Pouilles actuelle, au cours d’une période s’étendant de la moitié du VIe à la fin du IIe siècle av. J.-C. Toutefois, au sens étroit du terme, cela concerne seulement la langue et par conséquent les alphabets documentés dans la région qui se trouve au sud d’une ligne reliant Tarente à Brindisi: la péninsule du Salento.
On ne sait pas encore vraiment s’il y avait une seule langue messapienne parlée du Gargano à Leuca, car les inscriptions provenant de la Daunie, c’est-à-dire au nord de la ligne géographique évoquée plus haut, sont peu nombreuses et toutes de la période tardive (à partir du IVe siècle av. J.-C.). L’alphabet attesté, quoique partiellement, présente cependant dans cette région des variantes par rapport à celui du Salento, s’avérant plus proche des types de l’alphabet hellénistique.

Le corpus des inscriptions messapiennes (Monumenta Linguae Messapicae = MLM), publié en 2002, comportait 545 unités épigraphiques. Quelques textes ont été publiés après cette date. Il faut signaler en particulier deux nouvelles inscriptions publiques provenant de l’Athenaion de Castrum Minervae (dans la partie la plus méridionale du Salento) et datables du IVe siècle av. J.-C. (D’Andria – Lombardo 2009). Dans la catégorie des inscriptions douteuses ont été inclus 48 autres textes, écrits dans des graphies mixtes ou avec des traits difficilement identifiables qui empêchent une attribution plus précise (= MLM dubiae vel alienae). On connaît en outre une trentaine de monnaies.

La majeure partie des inscriptions provient de la zone autour de Lecce (Lupiae), ensuite d’Aletium (Alezio), Uria (Oria) et Mesagne (près de Brindisi). Un nombre moins important de textes provient de Caelia (Ceglie, BR), Rudiae (LC) et Balesium (Valesio, BR).

 


Voir les ressources en ligne de l’écriture.

Ressources en ligne


Index

Chronologie

La chronologie de l’épigraphie messapienne est aujourd’hui assurée par une révision de tous les types alphabétiques et par un regroupement des inscriptions en plusieurs phases distinctes (MLM 2002), rendu possible grâce à l’utilisation des outils informatiques. Un premier résultat a conduit à revoir la limite inférieure des attestations épigraphiques qui ne descend pas au-delà du IIe siècle av. J.-C. La cessation de la production de textes en langue et en alphabet messapiens est peut-être à mettre en relation avec les guerres d’Hannibal qui déterminent dans la région des changements culturels et politiques non négligeables ainsi qu’une récession générale sur la scène italiote qui voit son apogée, avec la lex Iulia Municipalis de 45 av. J.-C., dans la complète romanisation de la région.

Les phases épigraphiques recensées sont au nombre de sept, y compris deux périodes de transition entre une phase et l’autre. À chaque phase, on assiste à la disparition ou à la forte réduction de certains types et à la création de nouveaux qui se stabilisent ensuite au cours de la phase suivante. À partir de ces dynamiques évolutives de l’alphabet, on a pu établir des frontières entre une période et une autre et on a pu dater chaque phase grâce à certains “marqueurs” chronologiques, c’est-à-dire des inscriptions parfaitement datables sur la base de critères archéologiques, étrangers à la forme même du signe épigraphique et donc le plus possible objectifs.


Modèles alphabétiques

Le modèle le plus proche et le plus direct dont les écrivains messapiens se sont inspirés pour l’ensemble des lettres utilisées dans leur alphabet est sans aucun doute le modèle laconique tarentais. Cependant, au cours de la première phase de l’expérience épigraphique messapienne (Ière phase), comme on le voit dans les inscriptions les plus anciennes de Veretum (Patù, près de Lecce), d'Uria (Oria près de Brindisi) et de Cavallino (LC), certaines lettres semblent être forgées sur des modèles alternatifs (corinthien et eubéen). Surtout dans le cas d’écritures fragmentaires, il n’est pas toujours facile de distinguer les inscriptions locales des inscriptions grecques. Plusieurs fragments inscrits provenant du sanctuaire du Mont Papalucio à Uria, tout comme d’autres provenant de la Grotta Porcinara de Veretum, sur lesquels l’alphabet grec est associé à la donnée de la production locale du soutien, nous indiquent une présence de grecs sédentaires qui vivent au contact des populations locales et en adoptent certains aspects culturels. Parmi les alphabets grecs utilisés dans ce contexte, il y a eu également des modèles corinthiens et eubéens. L’élément de nouveauté de l’alphabet messapien par rapport aux modèles grecs est la création de graphèmes inédits, insérés dans le set alphabétique pour rendre des sons évidemment manquants dans la langue grecque. Il s’agit en particulier de graphèmes comme le signe en forme de trident à base carrée, ou à base inclinée avec d’autres variantes, ou bien le signe en forme de croix dont la valeur phonologique reste incertaine. C’est pourquoi, dans la transcription des textes épigraphiques, ces graphèmes sont laissés tels quels dans leur forme originale.

On peut relever, par rapport à l’alphabet modèle, les modifications suivantes:

- élimination du signe phi, remplacé dans la plupart des cas par < p >

- introduction du trident à base inclinée et de ses variantes, probables transcriptions d’un phonème /h/

- usage du signe theta pour l’occlusive dentale palatalisée

- introduction du signe en forme de croix (également dans la variante de la croix de Saint André) pour produire une sifflante palatale /š/

- ajout du signe du trident à base carrée, probable transcription de /th/

- usage du graphème < z >  en alternance avec le signe de la croix au contact de /t/.


Catégories de textes

Comme cela arrive souvent dans les attestations épigraphiques de l’Italie pré-romaine, la majeure partie des inscriptions messapiennes se réfère sans aucun doute au contexte funéraire. Un second groupe, beaucoup plus limité du point de vue numérique, peut être attribué à un contexte civil (public). Il est constitué d’éléments architecturaux qui, bien que peu fréquents, présentent tout de même les inscriptions les plus longues. Dans ce contexte également sont à inclure en partie quelques cippes, quelques stèles et quelques colonnes qui contiennent surtout les noms des personnes rappelées ou célébrées. Nous pouvons enfin isoler comme un groupe à part la catégorie des monnaies.


Ductus et divisio verborum

Le ductus des inscriptions messapiennes voit généralement les textes écrits de gauche à droite. Certains textes surtout archaïques sont dans certains cas écrits en boustrophédon, c’est-à-dire en changeant de ductus à chaque ligne, en une sorte d’écriture continue. Certaines inscriptions se présentent en “faux boustrophédon”, quand à la fin d’une ligne le sens de l’écriture s’inverse et qu’on continue avec le même ductus de gauche à droite également à la ligne suivante.

Habituellement, l’écriture messapienne est réalisée en scriptio continue. Toutefois, dans certains cas, un espace blanc est laissé entre un mot et l’autre. Dans de nombreux cas, on peut observer que le texte est disposé de façon à faire coïncider la fin d’un mot avec la fin d’une ligne.