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Les écritures anciennes de la Méditerranée

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Cunéiforme akkadien

- (2350 avant J.-C. - env. 100 après J.-C.)

par: Salvatore Gaspa (traduit par Nicole Maroger)


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Liste lexicale suméro-akkadienne de la série Urra = ḫubullu, copie du milieu du Ier millénaire avant J.-C., AO 7662, Musée du Louvre, Paris.


Le cunéiforme akkadien, en usage au Proche Orient du IIIe millénaire avant J.-C. au Ier siècle de l’ère chrétienne afin de transcrire la langue akkadienne et ses dialectes, est un système d’écriture syllabo-logographique d’environ 600 signes.


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Index

Définition de "cunéiforme" et type d'écriture

Vers le milieu du 3ème millénaire avant J.-C., les scribes akkadophones adoptèrent pour l’akkadien le système d’écriture cunéiforme propre au sumérien. Les spécialistes ont donné à cette écriture, conçue à l’origine pour transcrire la langue sumérienne, langue non sémitique de type agglutinant caractérisée par un monosyllabisme lexical étendu, le nom de «cunéiforme» en raison de la forme de ses signes semblables à ceux d’un coin ou clou (du latin cuneus). Les termes akkadiens utilisés pour indiquer un signe isolé : santakkum, «triangle, angle», et tikip santakkim, «signe cunéiforme», indiquent clairement que la forme du coin ou clou était déjà perçue par les scribes mésopotamiens comme l’unité fondamentale de ce système d’écriture. Cette forme est imprimée par un stylet en roseau sur la surface encore humide de la tablette d’argile. Un signe cunéiforme peut être constitué d’un seul ou de plusieurs coins. Les coins peuvent être de type horizontal, vertical, tracés en diagonale ou en Winkelhaken. Le signe appelé Winkelhaken était obtenu à travers une impression verticale de la pointe du stylet sur l’argille. Le cunéiforme akkadien se lit de gauche à droite. Toutefois, dans les périodes les plus anciennes de l’écriture, de la fin du IVe millénaire av. J.-C. jusqu’à la haute époque babylonienne comprise, les caractères, organisés en colonnes, étaient lus de haut en bas et de droite à gauche. Avec le temps on aura tendance à faire pivoter les signes de 90 degrés à gauche. Les listes modernes de signes cunéiformes arrivent à contenir environ 600 signes même si tous n’étaient pas utilisés à chacune des périodes historiques de l’akkadien. De plus, le nombre de signes utilisés dépendait du type de document et du niveau de compétence de chaque scribe: alors que la rédaction de textes liés à la culture, tels les textes littéraires, religieux et scientifiques, pouvait requérir la maîtrise d’environ au moins 400 signes, pour la composition de documents à caractère pratique et quotidien, comme les lettres, les contrats et les textes administratifs, 100 à 200 signes pouvaient suffire.


L'écriture cunéiforme et la langue akkadienne

À partir du milieu du troisième millénaire av. J.-C., le cunéiforme est adopté pour transcrire la langue akkadienne. Le fait que ce système d’écriture soit appliqué dans un contexte culturel bilingue suméro-akkadien et que, depuis les premiers stades pictographiques, le cunéiforme se soit développé comme système d’enregistrement phonétique d’une langue agglutinante, ergative et aux morphèmes invariables comme l’était le sumérien, a déterminé les modalités de transcription de l’akkadien, en conditionnant non seulement les particularités de cette langue sémitique, mais aussi la possibilité pour les chercheurs modernes de la connaître d’une manière approfondie. En tant que langue sémitique, l’akkadien était une langue flexive, dans laquelle la racine n’était ni fixe ni agglutinable mais modifiable à travers des morphèmes. La racine akkadienne est un morphème discontinu donné par une séquence de sons consonnantiques qui se modifie à travers le redoublement de consonnes, l’insertion de sons vocaliques, l’ajout de préfixes, de suffixes et d’infixes. Dans la transcription cunéiforme, l’akkadien présente les mêmes voyelles que le sumérien (a, e, i, u); les semi-voyelles w e y; les consonnes b, d, g, , k, l, m, n, p, q, r, s, , š, t, z, ṭ­­, et le glottal stop ʾ. L’inventaire consonnantique de l’akkadien apparaît fortement conditionné par l’usage du cunéiforme qui, par exemple, ne permet pas de distinguer les sourdes, les sonores et les emphatiques dans les groupes de consonnes bilabiales, dentales et vélaires. Bien que les scribes akkadophones aient effectué des adaptations dans le cunéiforme sumérien, le système d’écriture est resté figé au cours des millénaires, et ceci en vertu de la pression non indifférente exercée sur les scribes akkadiens par les écoles scribales, par la formation scolaire des scribes et par le prestige de la langue et de la littérature à travers lesquelles la civilisation des Sumériens s’était exprimée.


Particularité du cunéiforme akkadien

Le cunéiforme akkadien se présente comme un système mixte syllabo-logographique. Un signe cunéiforme peut représenter une syllabe ou une partie de syllabe, un mot entier, un déterminant ou classificateur sémantique. Les signes qui représentent des syllabes sont appelés des syllabogrammes et ceux qui représentent des mots des logogrammes. Les logogrammes sont des graphèmes existant pour des mots sumériens adoptés par les scribes akkadophones pour transcrire des mots de leur propre langue. Comme les logogrammes utilisés dans le cunéiforme akkadien sont d’anciens mots sumériens, on a coutume de leur donner aussi le nom de sumérogrammes. Les akkadophones lisaient donc dans le logogramme le mot akkadien correspondant (par exemple le sumérien LUGAL = l’akkadien šarrum, “roi”). Pour s’aider dans la lecture de ces graphèmes, les scribes ajoutaient souvent au logogramme un graphème utilisé comme complément phonétique. Ce dernier pouvait représenter une syllabe initiale ou finale du mot akkadien correspondant (par exemple KUR-u = šadû, “montagne”; KUR-ud = ikšud, “il conquit”). En outre, il pouvait également être apposé à des mots écrits phonétiquement afin de faciliter la lecture de certains signes syllabiques (par exemple ak-šudud, "j’ai conquis"). En vertu du principe syllabo-logographique de l’écriture, chaque mot akkadien pouvait être rendu à travers une séquence de syllabogrammes (par exemple išātum, “feu”, écrit comme i-ša-tum ou i-ša-tu-um) ou bien au moyen d’un logogramme sémantiquement correspondant au mot akkadien (par exemple IZI, au lieu de išātum, “feu”). L’homophonie et la polyphonie caractérisent et gouvernent le système cunéiforme. On parlera d’homophonie lorsqu’un même son peut être représenté par des graphèmes différents et de polyphonie quand un même signe peut indiquer différentes séquences de sons (par exemple le signe ad vaut également pour at et pour a­). Ces différentes séquences de sons sont dites valeurs phonétiques (par exemple le signe UD peut être lu aussi bien avec la valeur ud que comme tam, pir, par, laš, liš, š, ). Par convention, les graphèmes homophones sont distingués en translittération par des accents et des numéros souscrits selon l’ordre suivant: le signe le plus fréquemment employé ne présente pas de signes diacritiques (par exemple du), alors que le second et le troisième portent respectivement un accent aigu et un accent grave sur la voyelle (, ). Enfin, les autres graphèmes sont marqués par des numéros souscrits (du3, du6, du7, du8, du10, du11).

Cependant, chaque époque historique de l’akkadien, de même que toutes les aires où cette langue était parlée et écrite, n’utilisait pas la totalité des valeurs attestées pour un signe donné. Bien que le cunéiforme ait été emprunté par les scribes akkadiens au système d’écriture sumérienne précédent, au cours de ses trois mille ans d’existence cette écriture a connu plusieurs phases d’évolution qui se sont manifestées par des adaptations de la part des traditions scribales locales, allant surtout dans le sens d’une simplification graphique et d’une orientation des signes en usage. Toutefois, la polyphonie des signes s’est accrue du fait que les scribes akkadiens ont ajouté aux valeurs logographiques et phonétiques héritées du cunéiforme sumérien de nouvelles valeurs, basées sur leur propre langue. Ce système n’a plus été en effet qu’un système d’écriture complexe, apanage exclusif du cercle des scribes. Malgré l’influence énorme exercée par le dialecte et l’orthographe babylonienne sur le milieu des scribes assyriens, en Assyrie s’est développée une tradition orthographique locale ayant plusieurs points de contact avec l’orthographe babylonienne mais aussi des différences considérables quant à la transcription des signes. Par ailleurs, au sein d’une même tradition orthographique pouvaient coexister aussi les variantes graphiques d’un même signe. Ces variantes sont dues à plusieurs facteurs: l’existence de styles d’écriture déterminés par les différents supports utilisés pour écrire, comme pour le style lapidaire (sur les monuments en pierre) ou le style cursif (sur les tablettes d’argile); le prestige de formes orthographiques archaïques apprises dans les textes anciens sur lesquels les scribes s’exerçaient; le niveau d’éducation scolaire et le style personnel du scribe alors en service.


Déchiffrement du cunéiforme akkadien

L’histoire du déchiffrement du cunéiforme akkadien, qui remonte au XIXe siècle, est étroitement liée à celle du déchiffrage du cunéiforme perse. Le perse constituait, avec l’akkadien et l’élamite, l’une des trois écritures trouvées sur des inscriptions découvertes dans plusieurs sites d’un territoire correspondant à l’ancienne Perse (Iran). Les premières descriptions de caractères de l’écriture cunéiforme que les voyageurs européens observaient dans les ruines de Persépolis étaient déjà connues en Europe depuis le XVIIe siècle, grâce aux témoignages de Garcia de Silva y Figueroa, de Thomas Herbert et de l’aristocrate romain Pietro della Valle. Ce dernier en particulier, dans une lettre de 1621 envoyée à un ami florentin depuis Shiraz, joindra également à ses observations sur le site de Persépolis la reproduction de cinq signes de la mystérieuse écriture. Mais c’est essentiellement au travail rigoureux de l’explorateur danois Carsten Niebuhr (1733-1815) que l’on doit les premières copies rigoureuses d’inscriptions cunéiformes observées à Persépolis et dans ses environs. Niebuhr a contribué à poser les premières bases théoriques solides de l’étude du cunéiforme: il a confirmé la direction de l’écriture de gauche à droite et a distingué trois différents types d’écritures en isolant les caractères simples des caractères plus complexes.

On doit par contre le nom de l’écriture dont on commençait alors tout juste à sonder le code complexe à un savant, Thomas Hyde, qui refusait aux signes mystérieux le statut d’écriture; celui-ci inventa le nom de "cunéiforme" (dactuli pyramidales seu cuneiformes) en s’inspirant de l’aspect particulier des signes en forme de coins. L’allemand Georg Friedrich Grotefend (1775-1853), s’appuyant sur les conclusions de Niebuhr, a donné le premier déchiffrage partiel de l’ancien perse, réalisé en identifiant les groupes de signes correspondant aux noms des rois achéménides Hystaspe, Darius et Xerxès. Mais le déchiffrage complet de l’ancien perse sera l’oeuvre des contemporains Rasmus Rask (1787-1832), Eugène Burnouf (1801-1852), Christian Lassen (1800- 1876) et de l’éclésiatique irlandais Edward Hincks (1792-1866). Quant à l’officier anglais Henry Creswicke Rawlinson (1810-1895), il arriva tout seul aux mêmes résultats que Grotefend: il réalisa, non sans difficulté, au cours de plusieurs expéditions accomplies entre 1836 et 1847, une copie de la monumentale inscription trilingue de Darius à Béhistoun (Iran occidental) et exécuta le déchiffrage d’une partie du texte perse, arrivant même à publier en 1846 sa version de la traduction du texte. La compréhension définitive du texte en ancien perse ouvrait désormais la voie au déchiffrage des deux autres écritures cunéiformes dans lesquelles était rédigée l’inscription de Darius à Béhistoun et qui reproduisait la version perse en élamite et en babylonien. Le texte akkadien s’avéra pour les chercheurs le plus complexe des trois. Son écriture cunéiforme était composée de caractères beaucoup plus nombreux et de loin que ceux de la version en ancien perse et de la version élamite. En effet, alors que le cunéiforme perse compte seulement 42 graphèmes, le cunéiforme élamite compte 131 syllabogrammes et 25 logogrammes. C’est à Grotefend, et surtout à Edwin Norris (1795-1872) qui en 1852 publie ses résultats dans une monumentale édition commentée de la version élamite, que l’on doit le déchiffrage de l’écriture élamite, dont la langue, par certains côtés, demeure encore obscure.

Le déchiffrage du cunéiforme babylonien et la compréhension de la version de l’inscription de Darius en akkadien, bien que plus complexes, allaient être facilités par la comparaison avec les nombreux textes en cunéiforme babylonien qui avaient été découverts lors de précédentes fouilles ainsi que par celle avec les tablettes assyriennes qu’Austen Henry Layard venait alors de mettre au jour à Nimrud et à Quyunjik (Iraq septentrional). Les différentes phases du processus de déchiffrage du cunéiforme akkadien durèrent douze ans. Edward Hincks, collaborateur de la première heure dans les travaux de déchiffrage du cunéiforme, apporta une contribution déterminante également dans le domaine de l’identification du cunéiforme akkadien et de la langue enregistrée au moyen de cette écriture. Hincks s’aperçut que la langue en question était apparentée avec d’autres langues du groupe sémitique, conclusions auxquelles était déjà parvenu le suédois Isidore de Löwenstern (1807-1856). En outre, à partir de l’examen comparatif, dans différentes copies de mêmes textes akkadiens, de certaines occurences de noms, de mots et de phrases, il parvint à comprendre le fonctionnement du système syllabique de l’akkadien et la manière selon laquelle les mêmes occurences pouvaient être à l’occasion exprimées sous forme logographique. Le fait que de nombreux caractères du cunéiforme akkadien aient plus d’une valeur phonétique, poussa Hincks à penser que cette écriture n’était pas propre à une langue sémitique comme l’assyrien et le babylonien, mais appartenait à une réalité linguistique différente. Cependant, parmi les spécialistes, il régnait un climat de fort scepticisme quant à la possibilité d’arriver à comprendre vraiment le cunéiforme. On eut confirmation que le cunéiforme akkadien avait été déchiffré avec succès grâce à la célèbre “translation competition”, à l’occasion de laquelle la Royal Asiatic Society de Londres, à l’initiative de W. H. Fox Talbot (1800-1877), invitait Rawlinson, Hincks, Talbot lui-même et le français Jules Oppert (1825-1905) à se mesurer chacun avec la traduction d’une même inscription. Le texte choisi pour cette épreuve fut une inscription du souverain assyrien Tiglath-Phalazar Ier (1114-1076 av.J.-C.), écrite sur un prisme d’argile. Les quatre traductions indépendantes, soumises au verdict d’un jury impartial, se révélèrent, après un examen attentif des juges, plutôt convergentes. C’est ainsi que, en 1857, était proclamé définitivement et solennellement le déchiffrage réussi du cunéiforme akkadien.


Supports

Pierre

En Mésopotamie la pierre est le support privilégié pour les inscriptions monumentales et dédicatoires. Beaucoup d’autres objets portant des inscriptions étaient également en pierre, en particulier des pierres semi-précieuses, comme dans le cas des sceaux cylindriques. Cependant, à la différence d’autres aires écologiques du Proche Orient ancien, la Mésopotamie n’avait pas de pierre. Ce matériau précieux devait donc être importé de régions parfois très lointaines. On trouve des inscriptions royales de différents formats et de contenus divers sur des supports en pierre, en particulier des statues, des stèles, des obélisques. Deux exemples célèbres de stèles avec des inscriptions en caractères cunéiformes akkadiens sont la stèle du souverain d’Akkad Naram-Sin (2254-2218 av. J.-C.), en arénaire rose, sur laquelle est gravée une inscription royale commémorant une scène de triomphe guerrier du roi et de ses troupes, et la stèle en diorite du célèbre “code de lois” d’Hammourabi (1792-1750 av. J.-C.), souverain de la première dynastie babylonienne, au sommet de laquelle trônent la figure du roi et celle du dieu de la justice Šamaš, , tandis que sur la plus grande partie de la surface du bloc de pierre figure son recueil de lois.

Dans l’Assyrie du Ier millénaire av. J.-C., les inscriptions royales gravées sur des panneaux figuratifs en pierre le long des murs des palais royaux et sur des stèles connaîtront une grande vogue. L’existence de tablettes en argile contenant un texte identique à certaines épigraphes décorant les bas-reliefs pariétaux des palais assyriens se révèle très utile pour comprendre comment s’y prenait le graveur sur pierre. Sur ces tablettes, on trouve des épigraphes qui omettent les noms, laissant à leur place un espace vide. Le nom devait donc être inséré dans l’épigraphe sculptée sur le relief. Naturellement, l’espace laissé à disposition sur le support en relief étant limité, le graveur était obligé d’évaluer la quantité de signes d’écriture pour chaque ligne. Il s’avère que l’écriture cunéiforme s’adapte particulièrement bien à des problèmes d’espace, en raison justement de la particularité de son système mixte syllabo-logographique: par exemple, dans le cas d’un espace limité à la fin de la ligne d’une cartouche, un mot pouvait être remplacé par sa variante logographique au lieu d’être écrit avec une séquence de syllabogrammes normale.

Les stèles représentent un autre support pour les inscriptions royales assyriennes. A la période néo-assyrienne (IXe-VIIe siècle av. J.-C.), à côté des stèles de fondation traditionnelle, destinées à être enterrées dans les soubassements d’un édifice, on voit apparaître une variété de stèle inscrite avec la représentation du souverain et qui est désormais placée de préférence à l’extérieur d’un bâtiment. Des stèles inscrites pouvaient être également sculptées sur des paroies rocheuses inaccessibles. On citera par exemple la stèle de la victoire de Tiglath-Phalazar III à Mila Mergi, sculptée sur un éperon rocheux vertical à Dohuk-Zakho (au nord de l’Iraq) ou celle qui commémore la campagne de Sargon II contre Karalla à Tang-i Var à 85 km de Kermanshah (à l’ouest de l’Iran), sculptée sur une paroie du mont Kūh-i Zīnāneh, à 40 mètres du sol.

En Babylonie, un monument typique portant une inscription est la pierre kudurru, interprétée communément comme étant une stèle de donation foncière en raison de sa forme et de l’écriture babylonienne utilisée pour l’indiquer. Les kudurru, caractéristiques de la période de la domination kassite (XVe-XIIe siècle av. J.-C.) et en usage jusqu’à la période néo-babylonienne (VIIe siècle av. J.-C.), sont des monuments lithiques de forme cylindrique irrégulière, dont la surface est en partie sculptée en relief avec des symboles astraux et divins et en partie destinée à la copie de décrets royaux réglant les donations de terres ou les exemptions fiscales au bénéfice de villes ou d’officiers. L’écriture cunéiforme akkadienne de type monumental présente un style lapidaire, souvent caractérisé par des traits archaïques, qui se distingue, parfois même considérablement, du style utilisé en parallèle dans la documentation sur argile.

Tablettes

Le support principal de l’écriture cunéiforme est la tablette en argile. L’extrême facilité à trouver ce matériau dans le pays des deux fleuves en a favorisé la diffusion comme support d’écriture le plus commun. L’une des compétences de base qui était demandée à un scribe était de savoir modeler l’argile sous forme de tablette ou de tout autre support d’écriture. En effet, toutes les tablettes n’avaient pas la même dimension, la même épaisseur ni la même forme et le choix de son format dépendait directement du type de document que l’on voulait écrire. Une tablette présente en général un côté plat (recto) et un côté légèrement convexe (verso). Les dimensions sont des plus variables, mais la dimension la plus courante permettait de tenir facilement une tablette dans la paume de la main. Les formes attestées sont elles aussi de différentes sortes et présentent, à côté des classiques tablettes rectangulaires, également des tablettes rondes.

Une fois le texte gravé sur la surface encore humide de la tablette au moyen d’un stylet en roseau des marais, on laissait sécher le support en argile ou bien on le cuisait au four. Le procédé de conservation par cuisson garantissait à la tablette une plus grande résistance et une durée plus longue. Outre que sur un ou sur les deux côtés de la tablette en argile, le texte pouvait être gravé aussi sur ses bords. Dans le cas de lettres ou de documents juridiques, la tablette sur laquelle le texte avait été gravé était rangée dans un étui, également en argile, sur lequel étaient indiqués le nom de l’expéditeur et celui du destinataire ainsi que les détails relatifs au contenu du document légal placé à l’intérieur. D’autres supports étaient modelés à partir de l'argile, comme les prismes à six faces ou davantage, les cylindres ou les barillets, les cônes, les briques, tous utilisés pour les inscriptions royales et enfouis dans les fondations des édifices ou murés dans leur structure.

Mais on aura tendance a reproduire le ductus cunéiforme des tablettes en argile également sur d’autres supports constitués aussi bien de matériaux durables que périssables. En principe n’importe quelle surface se prêtait à accueillir l’écriture cunéiforme. Les inscriptions célébratives et dédicatoires pouvaient être réalisées sur de la pierre (tablettes en pierre, reliefs pariétaux, statues, obélisques, stèles), du métal (tablettes et autres objets en métal) ainsi que sur une grande quantité d’objets (vases, bijoux, amulètes, armes, etc.). Des sources écrites et iconographiques font état aussi de l’usage de supports périssables, tels que les tablettes avec un cadre en bois ou en ivoire et des surfaces pour l’écriture en cire, des rouleaux de peau ou de papyrus. De ces derniers, il n’est resté aucune trace au niveau archéologique alors que nous possédons plusieurs exemplaires de tablettes avec un cadre en ivoire provenant d’Assur (Qal‘at Chergat) et de Kalhu (Nimrud). Ce genre de tablette, en usage depuis l’époque d’Ur III jusqu’à la période néo-babylonienne, était utilisé à des fins administratives et pour des textes littéraires. A l’intérieur du cadre en bois ou en ivoire était étendue une fine couche de cire. Ces tablettes pouvaient être réunies entre elles au moyen de charnières de manière à former une sorte de cahier qui s’ouvrait et se repliait en accordéon. Le choix de ce support d’écriture tant de la part des scribes de l’administration d’état que de ceux qui travaillaient dans les bibliothèques était dû certainement à la malléabilité du matériau, en l’occurence la cire, qui n’avait pas besoin de sécher comme l’argile et qui permettait aux scribes d’intervenir aisément pour effacer et corriger ce qu’ils avaient écrit. Cette caractéristique de la cire autorisait une réutilisation continuelle de la surface pour écrire de nouveaux textes et en faisait le support idéal pour la composition préliminaire de textes qui, une fois rédigés définitivement, allaient être transcrits ensuite sur le support en argile.

La diffusion de l’araméen dans l’Assyrie des VIIIe et VIIe siècles av. J.-C. détermine l’adoption de l’araméen en écriture alphabétique de la part également de l’administration centrale de l’état assyrien. On déduit de témoignages iconographiques (reliefs palatins) que l’araméen s’écrivait au moyen d’un stylet sur un support tendre et périssable (peau ou papyrus), mais le bilinguisme et la double culture de la société impériale assyrienne favorisera aussi des situations d’échange réciproque entre les deux traditions d’écriture, l’araméen en écriture alphabétique et l’écriture cunéiforme assyrienne, comme le prouvent clairement les exemples de tablettes en argile gravées en caractères alphabétiques araméens plutôt qu’en signes cunéiformes assyriens. Enfin, la surface de la tablette et de son enveloppe extérieure pouvaient porter l’impression d’un sceau ou d’un ongle. Cette pratique est courante dans les documents de nature légale.

Céramique

Dans le monde mésopotamien, sur les récipients en céramique, en particulier ceux de grandes dimensions qui trouvaient place dans les dépôts des palais et des temples, l’indication de mesure relative à leur capacité et leur appartenance pouvaient être gravées en écriture cunéiforme.

Encres

On écrivait le cunéiforme sur les tablettes en argile non seulement par impression avec un stylet en roseau mais également avec de l’encre, vraisemblablement au moyen de pinceaux particuliers ou de plumes à la pointe fine. Malheureusement on a de cette technique d’écriture très peu de témoignages. Un rapport astrologique du règne de Assurbanipal (668-631? av. J.-C.) montre les traces d’un colophon en caractères cunéiformes écrits à l’encre. On peut observer d’autres exemples néo-assyriens de cunéiforme écrit avec des pinceaux sur des fragments de dalles peintes et émaillées provenant d’Assur ainsi que sur les vestiges d’une peinture murale de Til Barsip (Tell Ahmar).


Outils

Stylet mésopotamien en roseau

Le stylet utilisé par les scribes mésopotamiens était constitué d’un morceau de roseau des marais et d’une extrêmité taillée en pointe et en forme de bec, de façon à ce que la base triangulaire permette d’imprimer la forme d’un petit triangle ou coin sur la surface humide de la tablette en argile. Ce stylet est appelé en babylonien qan ṭuppi (à la lettre “roseau de la tablette”). L’usage de stylets faits dans un autre matériau (bois, métal, os) semble avoir été moins fréquent. Les particularités de cet outil servant à écrire déterminent ainsi le signe graphique cunéiforme, limitant le tracé des signes aux seules formes linéaires (signes horizontaux, verticaux, obliques) et empêchant tout développement curviligne possible. La façon dont la pointe du stylet en roseau avait été taillée avait une influence déterminante sur la forme de l’écriture. Le stylet pouvait présenter une extrêmité plus ou moins arrondie, plate ou pointue. Pour écrire, le scribe imprimait les signes en tenant le stylet oblique sur l’argile.

Outre que pour écrire, le stylet était utilisé aussi pour subdiviser l’espace réservé au texte sur la surface de la tablette en argile selon les règles du format choisi. Sur de nombreuses tablettes (par ex. listes lexicales, registres administratifs) le texte apparaît structuré en lignes et en colonnes. En outre, de nombreuses tablettes de textes littéraires présentent des trous imprimés sur la surface. L’utilité de ces trous, pratiqués certainement avec le même stylet que celui utilisé pour l’écriture, n’est pas claire, mais ce qui est sûr c’est qu’à partir de la période médio-babylonienne et médio-assyrienne cette pratique est devenue courante dans la rédaction de textes à contenu littéraire. Dans certaines tablettes babyloniennes et assyriennes du premier millénaire av. J.-C. le stylet servait aussi à apposer de brefs commentaires ou des détails en araméen alphabétique sur le contenu du document.

Les exemples peu nombreux d’utilisation de l’encre pour l’écriture cunéiforme sur des tablettes en argile seraient par contre un témoignage indirect de l’usage des pinceaux. Il est probable qu’on écrivait avec un stylet en métal ou en bois sur la surface enduite de cire des tablettes en bois ou en ivoire, même si l’utilisation du simple stylet en roseau n’est pas à exclure.

Pour effacer

On pouvait effacer l’écriture cunéiforme sur une tablette en argile en frottant les doigts sur la partie du texte qu’on souhaitait éliminer et en inscrivant par dessus le nouveau texte. La partie à corriger pouvait être à nouveau humidifiée pour faciliter la correction. Quoiqu’il en soit, la clarté des corrections apportées par le scribe dépendait de la consistance et de l’élasticité de l’argile utilisée.