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Les écritures anciennes de la Méditerranée

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Hiéroglyphes crétois

- XVIIIe – XVIIe siècle av. J. – C.

par: Maurizio Del Freo (traduit par Nicole Maroger)


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Médaillon provenant du ‘Hieroglyphic Deposit’ de Cnossos, XVIIIe siècle av. J. – C. (Musée d’Héraklion, Crète).


Le “hiéroglyphique” crétois est une écriture non déchiffrée, attestée en Crète et, sporadiquement, dans les îles de la Mer Égée (Cythère et Samothrace) entre le XVIIIe et le XVIIe siècle av. J.–C., la période dite des “premiers palais” crétois. Il est possible toutefois que les premières traces datent de la période pré-palatiale. En effet, plusieurs sceaux provenant de la Crète centrale et remontant aux XXIe-XIXe siècles av. J.–C., présentent des traces d’une écriture semblable (l’écriture dénommée “écriture d’Archanes”, du nom du lieu où ont été trouvés les sceaux. Quelques empreintes de sceaux avec des inscriptions en “hiéroglyphique” crétois ont été trouvées dans des contextes remontant au XVe siècle av. J.–C. Ces datations, loin de certifier que le “hiéroglyphique” crétois avait survécu jusqu’à une époque aussi tardive, s’expliquent simplement par l’utilisation résiduelle de certains sceaux anciens.


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Le mot “hiéroglyphique”

On doit la définition de “hiéroglyphique” crétois à A. Evans (1851-1941) qui se basa sur la ressemblance présumée de certains signes avec ceux de l’écriture hiéroglyphique égyptienne. Cette ressemblance s’est ensuite révélée inexistante mais l’appellation de “hiéroglyphique” a été conservée en hommage à la tradition.


Origines de l’écriture

Le “hiéroglyphique” crétois n’a pas d’antécédents hors de Crète. Il s’agit donc probablement d’une création locale qui s’est inspirée en partie des principes généraux du fonctionnement des systèmes graphiques du Proche-Orient.


Typologie des inscriptions

On possède en tout guère plus de 350 inscriptions en “hiéroglyphique” crétois. Elles sont gravées pour plus de la moitié sur des documents d’archives en argille (tablettes, barres à section quadrangulaire, médaillons, crétules avec ou sans empreintes de sceaux, inscrits ou non), 140 environ sont gravées sur des sceaux en ivoire, en pierre ou en métal, tandis que plusieurs dizaines sont gravées ou peintes sur des vases en terre cuite et des objets en pierre. Les documents d’archives enregistrent des transactions de nature économique (entrées et sorties de denrées des palais et de leurs annexes). La fonction des sceaux portant des inscriptions est moins claire. La présence de signes décoratifs à côté de signes d’écriture suggère une fonction ornementale. Toutefois, comme sur certaines crétules on remarque des empreintes de sceaux écrits, il est probable que ces derniers avaient aussi une fonction de type “économique”. Quant aux inscriptions sur les vases, une fonction de type “religieux” n’est pas à exclure pour ces dernières.


Quant aux vases, la majorité d’entre eux provient de Mallia.

Les documents d’archives inscrits ou scellés proviennent des sites de Cnossos, Phaistos, Mallia, Petra et Kato Symi (Viannos), en Crète [cliquer sur la carte], et de celui de Mikro Vouni, à Samothrace. Les sceaux inscrits sont pour la plupart d’origine incertaine, car beaucoup d’entre eux ne proviennent pas de fouilles régulières. Leur aire d’origine cependant est la Crète centre-orientale. Récemment, toutefois, un sceau a été trouvé à Vrysinas dans l'ouest. L’unique sceau qui sans l’ombre d’un doute ne provient pas de l’île a été trouvé à Cythère. Quant aux vases, la majorité d’entre eux provient de Mallia.


Type d’écriture

Le “hiéroglyphique” crétois, comme les autres écritures crétoises de l’époque du bronze (linéaire A et linéaire B) sont une écriture logo-syllabique, c’est-à-dire formée de logogrammes et de syllabogrammes. Les premiers sont des signes qui correspondent à des mots tandis que les seconds correspondent à des syllabes. En l’état actuel des connaissances, le syllabaire de l’écriture “hiéroglyphique” crétoise se compose de 96 signes (dont 10 sont utilisés aussi comme logogrammes). Pour des motifs statistiques, il est probable que chaque syllabogramme correspondait à une syllabe ouverte, c’est-à-dire formée par une voyelle ou par une séquence de consonne + voyelle. On a décripté jusqu’à aujourd’hui 33 logogrammes qui représentent des objets et des denrées. À ces signes viennent s’ajouter 4 symboles pour les chiffres (1, 10, 100 et 1 000) et 9 pour les fractions (de valeur incertaine et, dans quelques cas, utilisés aussi en ligature). L’écriture “hiéroglyphique” crétoise n’a pas de sens d’écriture prédéfini. Les séquences syllabiques peuvent donc être écrites de droite à gauche comme de gauche à droite. Mais souvent elles sont précédées d’une croix dont le but est d’indiquer le début de la séquence. Comme le “hiéroglyphique” crétois n’est pas déchiffré, les textes ne sont pas translittérés mais transnumérés. Ce qui veut dire qu’à chaque signe correspond un numéro d’ordre conventionnel (voir “Liste des symboles” et “ressources en ligne” à l’entrée “CHIC. Corpus Hieroglyphicarum Inscriptionum Cretae”).


Rapports avec l’écriture linéaire A

Les documents en lineare A, en grande partie de type comptable, remontent à une époque comprise entre le XIXe et le XIVe siècle av. J.–C. L’écriture hiéroglyphique crétoise et le linéaire A sont donc deux écritures en partie contemporaines. Le fait que 20% seulement des syllabogrammes des deux écritures soient homomorphes tend à exclure tout processus de filiation. Par contre, la ressemblance des logogrammes et des signes indiquant les chiffres et les fractions témoigne d’une influence réciproque dans un contexte “commercial”. On ne sait pas vraiment pourquoi en Crète, pendant un certain temps, deux écritures distinctes ont été utilisées pour des fonctions identiques. On comprend encore moins pourquoi dans deux cas (à Mallia et probablement à Cnossos) des textes rédigés dans les deux écritures ont été trouvés dans les mêmes archives.