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Les écritures anciennes de la Méditerranée

Guide critique des ressources électroniques

Ougaritique

- XIV-XIIe siècle av. J.-C.

par: Paolo Merlo (traduit par Nicole Maroger)


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Recto de la tablette contenant le texte mythico-rituel dit de "Shaḥar e Shalim".


L’écriture appelée "ougaritique" est en fait l’écriture locale de l’ancienne ville d’Ougarit (Ras Shamra) composée d’un alphabet (plus exactement abjad) cunéiforme composé de 30 signes (alphabet "long"). Cette écriture est attestée presque exclusivement dans la ville d’Ougarit ou dans la toute proche Ras Ibn Hani, résidence d’été des souverains d’Ougarit. La documentation est datable environ à partir du XIVe siècle jusqu’au début du XIIe siècle av. J.-C.. L’écriture ougaritique est vraisemblablement une "invention" locale réalisée en adaptant un système pré-existant d’écriture alphabétique à la pratique scribale cunéiforme typique de l’akkadien qui, au cours de cette période, faisait office de langue franque dans le Proche Orient ancien.

Plusieurs tablettes représentant des abécédaires ont été découvertes dans les fouilles d’Ougarit, ce qui nous permet de connaître avec exactitude l’ordre des signes alphabétiques (cf. Liste des symboles) ; en gros, les caractères ougaritiques sont disposés selon l’ordre qui s’avérera par la suite être celui de l’alphabet phénicien.

Toutefois, pour être précis, à ce système d’écriture largement documenté, viennent s’ajouter deux autres systèmes d’écriture attestés très rarement dans la ville d’Ougarit. Il s’agit d’un alphabet cunéiforme "court" composé seulement de 22 signes et d’un autre alphabet cunéiforme "long" présentant un ordre des lettres différent (c’est-à-dire avec la séquence de caractères suivante : h, l, ḥ, m typique du sémitique méridional) et dont nous possédons un abécédaire (RS 88.2215).

 


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Documentation et diffusion

Les fouilles effectuées dans la ville d’Ougarit (Ras Shamra) ont permis de découvrir quelque 2 000 textes et fragments en langue ougaritique ainsi que plusieurs autres documents rédigés dans des écritures et des langues différentes, en usage au cours de cette période (XIVe – début du XIIe siècle av. J.-C.). Les textes bilingues et plurilingues revêtent un intérêt particulier. Ces textes pluringues sont, dans la majeure partie des cas, des listes se présentant sous forme de colonnes parallèles dans des langues différentes : sumérien, akkadien, ougaritique et, parfois, hourrite.

Les textes en langue ougaritique sont dans leur majorité des textes administratifs (contrats et listes), dans une proportion moindre ce sont des textes littéraires (mythologiques, religieux, culturels), épistolaires, scolaires (exercices, abécédaires) et juridiques.

La quasi totalité des textes en langue ougaritique a été découverte à Ougarit ou à Ras Ibn Hani, à 4,5 km au sud-est d’Ougarit. Seul un nombre infime d’autres documents en ougaritique a été découvert hors du royaume de la ville d’Ougarit, sur certains sites de la Syrie, du Liban et sur le territoire qui est aujourd’hui l’Israël (par exemple Tell Sukas, Kamid el-Loz, Sarepta, Tell Taanak, Nahal Tavor, Beth-Shemesh).

 


Caractéristiques formelles des deux alphabets

L’ougaritique est une écriture cunéiforme comme l’akkadien, mais son principe linguistique est totalement différent du système syllabique-logographique de l’akkadien. L’écriture ougaritique est en effet une écriture de type alphabétique (plus exactement abjad) où seulement les consonnes sont représentées phonétiquement.Seule la consonne alif (la fermeture de la glotte) apparaît dans une triple forme différente, selon la voyelle qui la précède ou la suit: {simbolo} pour /ˀa/; {simbolo} pour /ˀi/, /ˀê/ ou bien /Voc.+ /ˀ/; {simbolo} pour /ˀu/ e /ˀô/.

Les abécédaires ougaritiques retrouvés dans les fouilles (jusqu’ici plus de dix) ont révélé une répétition particulièrement fréquente dans l’ordre des lettres (cf. liste des symboles); leur séquence apparaît très proche de celle du phénicien, ce qui témoigne d’une vaste diffusion de la même tradition scribale. Un seul abécédaire présente ses consonnes dans un ordre différent (c’est-à-dire selon la séquence de caractères suivante: h, l, ḥ, m) typique du sémitique méridional (RS 88.2215).

L’abécédaire KTU 5.14, malheureusement fragmentaire, dans lequel chaque consonne ougaritique accompagnée d’un signe syllabique se prononce en cunéiforme akkadien, est particulièrement intéressant.

Dans certains lieux de la Syrie-Palestine et à Chypre ont été retrouvés quelques textes rédigés dans un alphabet cunéiforme “court” de 22 caractères consonnantiques seulement, identiques pour la plupart à ceux de l’alphabet long, si ce n’est la forme différente de plusieurs graphèmes.

 


Système d’écriture

Les scribes ougaritiques écrivaient les textes horizontalement en partant du coin gauche en haut de la tablette vers la droite et repartaient du début à la fin de chaque ligne.

La majorité des textes ougaritiques utilise un petit signe cunéiforme vertical pour séparer les mots (généralement représenté par un point).