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Les écritures anciennes de la Méditerranée

Guide critique des ressources électroniques

Celtique

par: Coline Ruiz Darasse


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  • Approfondissements

Il existe trois langues celtiques continentales antiques :

  1. Le lépontique est la langue parlée dans le Nord de l'Italie entre VIe et IVe s. av. J.-C.
  2. Le gaulois est la langue celtique parlée en Gaule dont on peut attester les premières formes vers le IVe s. av. J.-C. et qui est attestée jusqu'au Ve s. ap. J.-C. Il y avait vraisemblablement plusieurs dialectes différents en Gaule, sans qu'il ne soit véritablement possible, à l'heure actuelle, de pouvoir en préciser les caractéristiques. 
  3. Le celtibère est la langue parlée par les Celtibères dont la présence est assurée à partir du IVe s. av. J.-C., mais dont la langue n’est attestée épigraphiquement qu’à partir du IIs. av. J.-C. Il est parlé et écrit de façon vraisemblablement homogène mais ponctuelle dans le nord de la Meseta espagnole.

Ces trois langues sont des langues indo-europénnes, qui sont issues du celtique commun, avec des évolutions notamment dans le traitement de la labio-vélaire *kw. Cette opposition (Celte avec P / Celte avec Q) ne constitue pas l’élément le plus important de distinction entre les langues celtiques. Il faut considérer, selon Schmidt, le traitement de *ṃ / *ṇ : le celtibère le traite en -a : am/an.

Le schéma (parfois critiqué car simplifié) proposé par Lejeune pour la distinction entre les langues celtiques est le suivant :

Gaulois :         p + an

Celtibère :        kan

Brittonique :    p + en

Irlandais :        kw + en



Index

Lépontique

Le lépontique est une langue celtique continentale parlée entre le VIe et le IVe s. av. J.-C. dont nous avons connaissance par des inscriptions majoritairement concentrées autour de Lugano entre le lac de Côme et le lac Majeur en Italie du Nord.

Phonétique

Occlusives

Il n’existe que deux traits proprement lépontique : l’affaiblissement de n préconsonantique et l’assimilation -nd- > -nn. 
D’un point de vue phonétique, comme le celtibère, le lépontique confond les sourdes et les sonores.
Le vase d’Ornavasso indique que la langue dans laquelle est rédigée l’inscription a un traitement de la labiovélaire *kw en /p/, ce qui la rapprocherait du gaulois.


Voyelles

Les traits vocaliques sont ceux connus par ailleurs pour les langues celtiques :
    *ē > ī
    tendance à l’ouverture -ĭ en -ě
    *ō > *ū en syllabe finale


Morphologie

Selon Michel Lejeune, il n’ y a pas de caractéristique flexionnelle du lépontique qui ne se retrouve soit en gaulois soit en celtibère, soit (par reconstruction) en gaélique (Lepontica, 1971, p. 113).
Il est probable qu’à partir du IVe s. av. J.-C. l’implantation gauloise dans le Nord de l’Italie a resserré encore la parenté entre le lépontique et le gaulois.
Nous renvoyons pour ces questions à l’ouvrage de Michel Lejeune, Lepontica, 1971, p. 111 à 123 qui dresse les conclusions linguistiques de l’inventaire des inscriptions lépontiques jusqu’en 1970. 
À cause du corpus restreint de ces inscriptions, il est difficile de préciser davantage les caractéristiques de la langue lépontique. Les spécialistes s’interrogent toujours actuellement sur l’appartenance du lépontique aux langues celtiques.


Gaulois

Le gaulois est une langue celtique continentale appartenant à la famille dite Celte « avec P » c’est-à-dire où le traitement de la labiovélaire *kw a évolué en p comme dans les autres langues celtiques brittoniques.

Cette proximité avec le brittonique se marque également par un même traitement dans le groupe intérieur -nm- > -nu.

Phonétique

Occlusives

Du celtique commun (évolution de l’indo-européen), on conserve l’idée d’une perte de l’aspiration des sonores aspirées (confondues avec les sonores simples). 

On ne dispose donc des occlusives suivantes : 

sonores : /b, d, g / 

sourdes : /p, t, k/

deux nasales : /m, n/

deux liquides : /l, r/

une sifflante : /s/

une affriquée: /ts/ notée par le théta en gallo-grec et par le d barré en gallo-latin

une spirante : /x/, notée χ en gallo-grec et X en gallo-latin. 

 

Voyelles

·               Passage de *ē > ī et de *ei > ē qui est un trait celtique. Pour *rēx le gallo-grec écrit tantôt ρειξ tantôt ριγς.

·               En syllabe finale, passage de *ō à ū. Il existe de nombreuses variations orthographiques notamment en gallo-grec pour lesquelles nous renvoyons à l'appendice des RIG I. 

Il existe également des semi-voyelles : /w, y/.

Laryngales

Le traitement laryngale en position inter-consononantique est en ā : -gnātus (Cintugnatus, "né de", > *genHe).

Morphologie

Le gaulois est, comme les langues indo-européennes, une langue flexionnelle. Toutefois, il n'est pas encore possible de déterminer précisément combien il y avait de cas en gaulois. 

Le caractère fragmentaire de la documentation et surtout la nature répétitive des données (souvent des anthroponymes) ne permet pas d'établir un tableau complet de déclinaison. 

De même, pour ce qui est de la morphologie verbale et de la syntaxe. 

Nous renvoyons pour ces questions à l'ouvrage de P.-Y. Lambert (chap. IV : Morphologie et chap. V : Notes de syntaxe). 


Celtibère

Le celtibère appartient à la famille présentant des traits plutôt archaïques, qu’on appelle Celte dit « avec Q » (comme le gaëlique) c’est-à-dire où le traitement de la labiovélaire *kw n’a pas évolué en p comme dans les autres langues celtiques : *kwetṷor > gallois petguar ; cornique peswar ; breton pevar et gaulois petorritum (« char à 4 roues »).

Pour un point sur l'historiographie et la bibliographie des étapes de la constitution de la grammaire celtibère, voir Villar, 1995, chapitre V, p. 84-107.

Phonétique

L’inventaire phonétique du celtibère est extrêmement conservateur et il est assez proche de celui que l’on peut reconstituer pour le celte commun. 

Occlusives

Du celtique commun (évolution de l’indo-européen), on conserve l’idée d’une perte de l’aspiration des sonores aspirées (confondues avec les sonores simples) et la perte de la labiale sourde (p). Le système des occlusives est ainsi assez réduit.

t k kw

b d g (gw)

• désaspiration de la série sonore aspirée et fusion avec les occlusives sonores.

• *gw > b : labialisation uniquement de la labiovélaire sonore = trait proprement celte.

• p > *f > ø : en position initiale et intervocalique. *pro > ro ex. robiseti (BBI, A8).

Voyelles

   Passage de *ē > ī et de *ei > ē qui est un trait celtique. Ex. bronze de Luzaga : teiuoreikis *dẹ̄ṷo-rīks (ici en dernière syllabe).

     En syllabe finale, passage de *ō à ū. De ce point de vue, Kim McKone propose de supposer également un passage de *ō à *ā en syllabe non-finale, même si ce trait n’est pas attesté.

    le traitement de *ā à *ō en syllabe atone est peut-être illustré par stoteroi (BBIV, B7).

Laryngales

Le traitement laryngale en position inter-consononantique est en ă tuateros (g. sg. BB III, III-24) et tuateres (BB III, II-40) < *dhugh2ter cf. θυγάτηρ.

Diphtongues

              ei note aussi bien ẹ̄ / ī procédant d’une diphtongue originaire *ei que ī d’un *ē originel. ex : ueizos (K.0.11) *ṷeid- (en syllabe initiale) ; sekeiza (A.8) (en syllable intérieure)

               *oṷ se maintient en celtibère (boustom, BBI, A4) ainsi que *ai et *oi : cf. belaiskom (A.80) et tokoitos (BBI, A1, A10) ; *eṷ n’existe pas.

Sonantes

*ṛ et *ḷ devant consonne deviennent ri et li. Trait sans doute celtique.

Dans les autres cas, *ṛ et *ḷ deviennent ar et al de manière parallèle à *ṃ / *ṇ : am/an.

 

Sifflantes

Un travail de fond a été mené pour les sifflantes notamment par F. Villar. Les éléments qu’on peut en retirer sont les suivants :

              *s originaire : se maintient en position initiale ; en position antéconsonantique ; en position finale absolue. Dans ces cas, la graphie est M que nous transcrivons par s.

 

               *s > z en position intervocalique. La graphie est alors s que l’on transcrit par z.

 

Morphologie

 

Sur les questions de morphologie, on sait finalement assez peu de choses. L’une des caractéristiques les plus souvent retenues est celle d’un génitif singulier en -o qui se distingue de ce fait des autres langues celtiques, où il est en -i.





Approfondissements

  1. Bibliographie
  2. Ressources en ligne