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Les écritures anciennes de la Méditerranée

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Étéo-chypriote

par: Anna Cannavò (traduit par Nicole Maroger)


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Le terme “étéo-chypriote” sert à indiquer la langue attestée dans certaines inscriptions découvertes à Chypre, datées entre le VIIe et le IVe siècle av. J.-C. et rédigées dans l’écriture syllabique locale.

A la lettre «étéo-chypriote» (du grec) signifie «chypriote authentique (eteós)”, et constitue un calque de l’Eteokrêtes d’Homère Eteokrêtes(Odyssée19.176, d’où la dénomination aussi de la langue étéo-crétoise), terme indiquant dans le poème les habitants autochtones de l’île de Crète ; le terme «étéo-chypriote» suggère donc que la langue dont il est question, distincte du dialecte grec attesté dans l’île dès le XIe siècle av. J.-C. (rédigé initialement dans le syllabaire locale, et par la suite en écriture alphabétique), constitue la langue originaire parlée par les habitants autochtones de Chypre, suite à l’hellénisation de l’île, dans certaines enclaves telles que la ville d’Amathonte qui a restitué la quasi totalité du corpus «étéo-chypriote» jusqu’ici connu. Le terme «étéo-chypriote», forgé en 1932 par J. Friedrich (Kleinasiatische Sprachdenkmäler, Berlin, p. 49) et considéré par O. Masson comme «une heureuse suggestion» (Les inscriptions chypriotes syllabiques, Paris 1983 [2a éd.], p. 85) est cependant à l’heure actuelle l’objet d’une intense révision critique de la part des experts qui lui préfèrent un plus neutre «amathousien» (ang. amathusian, fr. amathousien) qui met l’accent sur la provenance de la majeure partie des inscriptions connues, la ville d’Amathonte ou qui se contentent de prendre leurs distances du terme en le mettant entre guillemets.

Entièrement lisibles – comme on l’a dit , les inscriptions «étéo-chypriotes» sont rédigées dans le syllabaire, local utilisé aussi pour l’écriture du grec dans l’île – les textes «étéo-chypriotes» ne sont toujours pas déchiffrés malgré l’existence de trois bilingues digraphes (en «étéo-chypriote» rédigé en écriture syllabique, et en grec alphabétique), et celle également de plus d’une vingtaine d’inscriptions connues dans toute l’île. L’ensemble de ce corpus est certes trop limité pour que des interprétations sûres puissent être proposées; parmi les tentatives les plus récentes, on signalera celle de Thierry Petit qui a justifié l’appartenance de l’ «étéo-chypriote» au groupe des langues hurro-urartéennes et constitué un corpus de textes « amathousiens » comptant vingt-deux inscriptions (l’article de Thierry Petit, publié dans la revue Archiv für Orientforschung44-45  [1997-1998], p. 244-271, est disponible en ligne en format pdf à l’adresse http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/00/13/63/PDF/TPSarcophage.pdf).

Le problème de l’existence à Chypre, à une époque historique, d’un groupe de locuteurs parlant l’ «étéo-chypriote» et par suite de leur origine et de leur rapport avec l’histoire de l’île est étroitement lié à la question de cette langue: est-ce qu’il s’agirait de populations autochtones ou non ? est-ce qu’on se trouverait confronté à un phénomène particulier à Amathonte ou bien concernant tout le territoire ? Le fait que la plus grande partie des inscriptions connues, et en particulier les documents officiels de la ville d’Amathonte rédigés dans cette langue, soient du IVe siècle av. J.-C. autorise-t-il à supposer qu’il s’agit là d’un phénomène linguistique tardif et non d’une survivance d’époques précédentes ? La polémique, encore vivace, s’est cristallisée autour de l’article provocateur de Michael Given, «Inventing the Eteocypriots : Imperialist Archaeology and the Manipulation of Ethnic Identity» (JMA 11 [1998], p. 3-29), en regard duquel il faut mentionner, afin d’offrir un tableau exhaustif des différentes positions, un autre article de Thierry Petit, «Eteocypriot Myth and Amathusian Reality» JMA 12 [1999], p. 108-120 (celui-ci également disponible en ligne: http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/00/14/52/PDF/TPMyth.pdf) et un article récent de Markus Egetmeyer, « The Recent Debate on Eteocypriot People and Language », Pasiphae 3 (2009), 69-90.



Les Écritures

  1. Chypro-syllabique